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Au cours du développement de
l’enfant, le geste de pointer du doigt, geste propre à l’humain et qui
est le précurseur de la parole, apparaît à la même période que la
marche, vers un an : l’enfant découvre en même temps la possibilité de
s’éloigner de sa mère et d’agir sur elle. Il peut demander un objet qui
n’est pas à sa portée et explorer seul le monde qui l’entoure. On
considère classiquement qu’après deux ans, le langage devient un moyen
de manipuler les objets en leur absence.
Le langage à la fois permet
et est permis par la distance, dans un double mouvement qui est sa
caractéristique. Le langage sert à mettre en lien des expériences, des
sensations, des souvenirs, des personnes, des mots, pour faire des
rapprochements, construire des passerelles, atténuer le manque.
Tout au long de la vie, la
corrélation entre langage et distance se manifeste dans chaque
expérience d’éloignement, de séparation, d’absence, d’autonomisation, et
plus largement dans la part active que le sujet prend aux événements, en
se les représentant, en les nommant, en agissant.
La représentation, capacité
à se représenter un objet en son absence, se construit peu à peu, par la
mise en lien des traces mnésiques, mécanisme de construction de la
notion de permanence de l’objet, précurseur de la permanence du
signifiant. On sait que le développement de la représentation passe par
les expériences de disparitions - apparitions du sein dans les premiers
temps de la vie, expériences sur lesquelles viennent se greffer ensuite
les autres vécus d’éloignement, de manque, d’absence, de désir, de
séparation. Autrement dit, l’expérience de la naissance se répète de
manière plus ou moins métaphorique tout au long de l’enfance et de la
vie entière.
Les
difficultés d’ajustement de la distance sont très souvent sensibles dans
les cabinets d’orthophonie, non seulement au niveau spatial, mais aussi
aux niveaux corporel et langagier. Dès le premier contact avec une
famille, le praticien est attentif à sa manière de prendre rendez-vous,
d’investir la salle d’attente, d’employer le tutoiement... Ce qu’on
appelle « bilan orthophonique » commence là.
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